Je m’appelle Kevin Kergoat,
22 ans, breton vivant en Bretagne. Diplômé de
l’ESRA Bretagne (Rennes) je travaille
essentiellement pour l’illustration et la
recherche graphique.
ORIGINE DU FILM
D'où t'est venue l'idée de te lancer dans la
production de ce film ?
C’était un travail
obligatoire pour la validation des examens de
fin d’études, mais les idées principales
viennent du fait que nous voulions un univers
fantastique et poétique qui nous permette
d’imaginer de belles images, et de belles
ambiances. Nous voulions faire une animation
plus proche du dessin animé que du film
d’animation 3D plus "standard", l’idée est venue
de faire un univers proche du manga.
Quelques anecdotes à nous raconter à propos de
l'écriture ?
L’écriture d’un court-métrage étudiant est
différente de celle d’un film professionnel.
L’écriture se fait en groupe, il n’y a pas qu’un
seul scénariste mais six… Nous n’avons aucune
contrainte d’imagination à l’écriture puisque
chaque élément visible est virtuel. Nos seules
contraintes sont techniques et temporelles, il
faut écrire un scénario qui rentre dans un
contexte de faisabilité.
As-tu connu le syndrome de la page blanche ?
Il nous est arrivé de passer des heures entières
à essayer de trouver le bon dialogue ou le bon
ordre des évènements, mais à six, il est plutôt
difficile de faire page blanche, au contraire,
il faut souvent recadrer le débat pour ne pas
partir dans tous les sens...
Ton but artistique dans ce
court ?
Nous voulions être plus proches de "l’esprit"
dessin-animé que du film 3D. Le but était aussi
de ne pas dire de choses inutiles, mais
d’utiliser le visuel pour apporter des éléments
de réponse supplémentaires. Ainsi, le héros, qui
est du coté de la nature, est à dominante verte,
et les soldats du coté de l’industrie
destructrice sont en acier or et sang. Je
voulais marquer la symbolique entre le héros
"lunaire" et les soldats "solaires", mais
pousser le vice plus loin en utilisant des
formes simples pour distinguer les deux camps au
premier coup d’œil ; sans avoir à expliquer qui
est qui, on devine que les personnages n’ont pas
la même origine.
Même exercice pour les décors et les lumières,
et on peut le voir dès le premier plan, la
nature verdoyante se fait avaler par un désert
brûlant, je voulais que les décors soient
légèrement différents de ceux de la Terre, pour
conserver un coté fantastique et irréel, mais
conservant malgré tout une ressemblance qui
s’explique à la toute fin du film.
J’ai donc dû créer des identités visuelles pour
les personnages et les décors, afin de
comprendre les situations sans avoir à tout
expliquer, puis j’ai essayé de conserver un
esprit "manga" à l’histoire, à l’univers, en
trouvant des acteurs japonais pour les
doublages, en faisant l’usage de Kanjis dans les
titrages, etc...
PREPARATION DE TOURNAGE
Quelle a été la première étape une fois
l'écriture terminée ?
La mise en scène, le
découpage des plans et un résumé du nombre de
personnages, de décors, et d’objets différents
pour le début du processus de 3D.
Quelques anecdotes
à nous raconter à propos de la préparation ?
Je voulais à tout prix une
voix étrangère, asiatique de préférence, et
japonaise si possible. Le hasard a voulu qu’une
étudiante prénommé Murayama Miwa emménage dans
l’appartement à coté du mien. Coup de bol, ma
voisine de palier parlait français et japonais
et avec une voix très douce pour couronner le
tout.
TOURNAGE
Quelle est ta méthode de travail ? Qui fait quoi
?
Toute la préparation se
fait en groupe. Pour la recherche graphique
seulement quelques uns participent, mais les
décisions sont prises démocratiquement et je
fais le concept final. Ensuite, tout le monde
modélise en 3D les différents objets, les
personnages, qui me sont ensuite donnés pour
être texturés, et donnés à un animateur pour
être préparés à l’animation (character setup).
Les animateurs font ensuite leur travail, puis
je récupère les scènes pour les éclairer et les
calculer, c’est de l’image par image. Puis au
fur et à mesure nous intégrons à deux les
différents éléments des plans, peintures
numériques, objets 3D, personnages, qui sont
ensuite animés pour donner un effet de 3D.
Viennent ensuite la colorimétrie, les
tremblements de caméra et tous les effets pour
finaliser un plan. Il y en a 90 sur "Le chant du
cygne" et nous n’étions que six.
Les séquences une fois montées, sont envoyées
aux deux sonorisateurs avec des instructions, et
le film prend vie peu à peu.
Combien de temps s'est-il écoulé entre le
premier et le dernier clap ?
Pas de
clap dans un film d’animation, mais six mois de
travail sur nos ordinateurs, précédés par trois
mois de recherches, d’écriture, de mise en
scène, de dessins préparatoires
Quelques anecdotes à nous raconter à propos du
tournage ?
Je
crois pouvoir dire que sur environ 200 jours de
production, nous sommes plusieurs à avoir fait
au moins 50 nuits blanches.
Un coup d’œil sur le matériel utilisé ?
Nous avions chacun notre
ordinateur personnel, des bonnes machines
connectées en réseau, puis nous avions à
disposition une "render farm" comprenez des
calculateurs d’images, de l’école. Pour le son,
des ordinateurs personnels, une console
personnelle, et un studio de mixage 5.1 tout
équipé à l’école.
Maya 7.0, Photoshop CS, Combustion 3.0 et Media
Studio pro pour les logiciels d’images.
AU FINAL
Quelle sont les étapes que
tu as aimées le plus dans cette aventure ?
Pourquoi ?
L’idée
d’utiliser des fonds en 2D m’a permis de
manipuler des outils de production qui m’ont
ouvert de nouvelles perspectives, et c’est la
création de ces décors qui m’a le plus attirée.
Mais je dois avouer que c’est l’étape où le son
s’est greffé aux images et où le film a pris une
dimension plus "finale" qui m’a le plus fait
vibrer.
Si tu pouvais revenir en arrière, que
modifierais-tu sur ton film ?
Le
scénario et le découpage.
Penses-tu avoir atteint ton but sur ce film ?
Personnellement je suis satisfait de l’aspect
visuel des choses, et c’est le coté sur lequel
j’ai le plus travaillé. Je pense donc avoir en
grande partie atteint le but recherché. Avec le
recul, j’aurais aimé une plus grande diversité
des décors, et une plus grande complexité dans
la ville où ont lieu les combats finaux. Pour ce
qui est de l’animation, j’émets certaines
réserves, mais je respecte le travail des
animateurs ; je n’aurais pas pu faire aussi bien.
As-tu des projets en cours actuellement ?
Peux-tu en parler ?
Je
suis au chômage. Mais je travaille dans mon coin
sur un projet de roman-photo-montage, sur une
série d’illustrations, et bientôt sur un autre
court, plus visuel, moins animé, mais sans
financements c’est compliqué.
Pour ceux que mon travail intéresse, visitez
"www.lekargo.com" vous y trouverez mes travaux
ainsi que les liens vers les sites des autres
infographistes ayant travaillé sur "Le chant du
cygne".