Originaire de Paris,
j'habite actuellement dans le 77 (Vers
Marne-La-Vallée), j'ai 39 ans.
ORIGINE DU FILM
D'où t'est venue l'idée de te lancer dans la
production de ce film ?
Je devais démarrer mon 1er
court métrage par un autre scénario "Medium
Inferno", qui finalement deviendra mon prochain
film puisque je viens de trouver un producteur.
A l'origine, "Medium Inferno" avait trouvé
preneur dans une autre boite de production, qui
a mis plus d'un an pour essayer de monter le
projet, mais sans vraiment s'en donner les
moyens, et sans réelles convictions. Dégoûté
d'avoir à attendre, et surtout de constater la
médiocrité de cette Prod, j'ai décidé de prendre
les choses en main et d'auto-produire mon 1er
court métrage. "Medium Inferno" étant un gros
budget, il me fallait démarrer par quelque chose
de plus sobre. Un pote est venu alors avec le
script de "Chat noir" que j'ai décidé de
réaliser après avoir rebossé avec lui sur la
structure du scénario et les dialogues.
Quelques anecdotes à nous raconter à propos de
l'écriture ?
Pas
vraiment d'anecdotes, la réécriture a duré à peu
près 6 mois et s'est plutôt pas trop mal passée.
C'est une phase très importante pour moi, je
trouve qu'aujourd'hui trop de scénarios de court
métrage (et pas seulement !) ne sont pas
suffisamment travaillés avant d'envisager le
tournage. C'est ce qui fait aussi qu'en partie,
ce milieu souffre énormément de désaffection de
la part du public. "Chat noir" n'est pas exempt
de défauts, loin s'en faut, mais j'ai essayé
d'être le plus intransigeant possible sur
l'écriture car c'est la base de tout film.
Ton but artistique dans ce
court ?
Ma grande terreur était de
tomber dans les travers du court métrage que je
dénonce régulièrement : faire quelque chose de
chiant et mou. Attention, je ne me pose pas en
grand Ayatollah du court métrage et encore une
fois mon film est bourré de défauts, j'en suis
bien conscient. Mais mon obsession a été de
faire un film rythmé et distrayant. J'espère que
par moment j'y suis arrivé.
PREPARATION DE TOURNAGE
Quelle a été la première étape une fois
l'écriture terminée ?
Le découpage du film, qui
a été entièrement storyboardé. Je suis un
angoissé chronique, j'ai donc besoin de me
blinder à l'avance, d'autant plus qu'il
s'agissait de mon 1er court métrage. Chaque axe
choisi doit être au service de l'histoire et
justifié par l'histoire uniquement. Je déteste
les effets de caméra gratuits, la caméra doit
raconter une histoire, celle des personnages.
As-tu prévu un budget pour réaliser ton film ?
Si oui de combien était-il ?
10.000
euros au départ pour arriver finalement à
13.000. Le budget est assez élevé pour une auto-prod
(et je mange des pâtes depuis un bon moment
maintenant !), mais je voulais un vrai travail
sur la lumière, car je trouvais que l'histoire
le justifiait. Et dans ces cas là, les économies
de bout de ficelle se révèlent rarement
payantes. L'objectif sur un court métrage, c'est
aussi de chercher à se faire remarquer, alors
autant tout jeter dans la bataille dés le
départ !
Combien de temps a été nécessaire à la
préparation en vue du tournage ?
On a
mis, avec mon assistant réal Cyrille Solovieff,
à peu près 4 mois à réunir toute l'équipe
technique, trouver les lieux de tournages et les
acteurs.
As-tu écrit pour des gens que tu connaissais ou
as-tu fait un casting ?
Non,
je ne connaissais aucun des acteurs au départ,
j'avais simplement comme modèle pour le
personnage principal, Albert Dupontel.
As-tu travaillé certaines scènes avec les
acteurs avant le tournage. Si oui, lesquelles ?
Encore
une fois, angoissé comme je suis, il me fallait
répéter toutes les séquences avec les acteurs
avant le tournage, car je me suis rendu compte
que ce qui pouvait fonctionner sur le papier, ne
fonctionnait pas forcément à l'écran. On a donc
répété de nombreuses fois, 2 mois avant de
tourner. C'est ce qui m'a sauvé notamment lors
de la dernière nuit où on a enquillé un plan de
tournage de la mort puisqu'il correspondait, en
une nuit (on a démarré les 1ers plans à 19h00 le
soir pour finir le lendemain matin à 6h30 entre
les éboueurs et le soleil qui se levait !), à ce
qu’on avait tourné sur 3 jours auparavant ! Bien
sûr on a pas pu tourner tout ce qu'il fallait,
et cela se ressent dans les séquences de nuit
dans l'impasse.
Les
acteurs ont-ils gardé le rôle que tu avais prévu
pour eux depuis le départ ? Sinon, lesquels
as-tu modifiés ?
Oui,
notamment pour le rôle principal, cela faisait
un moment que je galérais pour le trouver, car
il me fallait absolument un acteur qui puisse
jouer sur les 2 registres : comédie et drame, ce
qui était loin d'être évident. Jusqu'au jour où
j'ai repéré Jamal dans une soirée de
court-métrage, un de ses films était projeté. Ça
m'a pété à la tronche, et pendant toute la
projection de son film, je n'arrêtais pas de me
dire que j'avais trouvé mon acteur principal.
Les répètes me l'ont confirmé.
Pour Philippe qui joue le rôle du clochard,
j'avoue que sur le moment je n'étais pas
convaincu, on a fait 4 essais ensemble avant que
je lui donne ma réponse, et au résultat, il est
mortel.
As-tu écrit librement ou en fonction des lieux
et des décors disponibles ?
As-tu eu recours à des autorisations de
tournage ? Relate-nous un peu les contraintes
s’il y’en a eu ?
- Il
m'a fallu réadapter une séquence en fonction du
lieu de tournage pour l'impasse. Cela faisait 3
mois que je le cherchais désespérément. Quelque
chose de glauque et d'intemporel, et en même
temps qui nous permette de tourner
tranquillement. Un soir, je sors dîner avec ma
copine et en face du restaurant, à quelques
mètres, je trouve le décor parfait pour mon film
! Un vraie claque. Cela faisait 3 mois que je
cherchais un décor partout dans Paris et région
parisienne, pour finalement me rendre compte
qu'il se trouvait dans un endroit que je
fréquentais régulièrement !
- Autorisations de tournage pour tous les
extérieurs bien sûr, mais finalement tout s'est
bien passé. Les séquences tournées dans
l'impasse réclamaient que mes acteurs gueulent
leur texte. Aucune plainte du voisinage, alors
que j'appréhendais cela avec angoisse, les gens
ont été adorables, alors qu'on a du leur pourrir
toute leur nuit de sommeil !
TOURNAGE
Le tournage s'est il déroulé comme tu le
souhaitais, si non, quels problèmes as tu
rencontrés ?
Oui,
si ce n'est que les acteurs m'ont amené pas mal
de choses auxquelles je n'avais pas forcément
pensé, et ça, c'est véritablement une source de
joie. Un vrai bonheur de voir vivre un texte et
ses personnages sur lesquels on a ramé durant
des mois à l'écriture, pour au final voir les
acteurs s'approprier ses personnages et ses
dialogues et amener d'autres choses, des
émotions, des rires, des larmes...
Quelle est ta méthode de travail ? Qui fait quoi
?
Je
pars du principe selon lequel l'une des clefs de
la réussite, c'est de savoir bien s'entourer.
Pour mon 1er court, pas question de laisser
transparaître mon inexpérience, donc je me
devais de réunir autour de moi une équipe de
pro. Toute mon équipe (qui me suivra sur le
prochain) vient du milieu de la pub, du clip ou
du long métrage, c'était pour moi le garant
d'une certaine qualité dés le départ. J'avais
donc autour de moi toute une équipe de fondus,
entièrement au service du film et dans la même
énergie que moi. Un film, c'est avant tout un
travail d'équipe et certainement pas que celui
du réalisateur. Si vous n'avez pas votre équipe
derrière vous, soudée sur le même projet, vous
n'êtes rien. Donc tout ce travail doit se faire
dans le respect de chacun, et de tous les postes
techniques. J'ai trop vu de soi-disant
réalisateurs, petits dictateurs ou faux artistes
tourmentés qui n'avaient strictement rien à
faire sur un plateau de tournage, en dehors de
régler certains problèmes d'égo ou de pieu. Cela
m'a aussi pas mal éclairé sur ma façon de
bosser, donc respect et bonne humeur dans la
mesure du possible, c'est ce que j'ai essayé
d'amener sur le tournage. A partir de là, comme
tous les chefs de postes avaient été
soigneusement choisis aussi en fonction de cette
règle de vie, il n'y a pas eu de clash même si
par moment, certaines tensions étaient présentes
(dues également à la deadline du tournage qui
était très courte au vue du nombre de plans à
tourner).
Combien de temps s'est-il écoulé entre le
premier et le dernier clap ?
5 jours de tournage dont
le dernier, qui en fait a été une nuit complète
de tournage.
As-tu pu filmer tout ce que tu avais écrit ou y
a-t-il eu des scènes coupées ? Si oui, peux-tu
nous en parler ?
Non,
c'est là aussi que mon inexpérience a parlé, on
n'a pas pu tout tourner tous les plans,
essentiellement sur la fameuse nuit de tournage
dont j'ai déjà parlé. Trop de plan à tourner, et
dans le rush on a oublié tous les points de vue
de l'agresseur. Ce qui explique qu'au montage,
il n'apparaît jamais seul dans un
champ/contre-champ. Je me suis arraché les
cheveux avec mon monteur pour cette fameuse
séquence de l'impasse, car le rythme s'en
trouvait perturbé, il y a d'ailleurs encore 4
faux raccords dans le film qui pètent à la
tronche, mais franchement, on n'a pas pu faire
mieux au vue des plans qui nous manquaient.
Quelques anecdotes à nous raconter à propos du
tournage ?
On a
été bénis des Dieux au niveau du temps. Il n'a
pas arrêté de pleuvoir un mois avant le
tournage, et durant les 2 premiers jours où l'on
a tourné tous les intérieurs. Le 3è jour, on
doit tourner en extérieur la séquence du Paradis
qui clôt le film. Et le Paradis sous la flotte,
ben je sais pas pour vous, mais moi j'y crois
pas trop ! Énorme coup de chance, le matin gros
soleil et plus de pluie. Et cela s'est renouvelé
pour la fameuse nuit de tournage. Le tournage
s'est arrêté le lendemain matin, et une heure
plus tard il s'est remis à flotter pendant 15
jours ! Et c'est véridique, je ne dis pas cela
pour enjoliver l'anecdote, je n'y croyais pas.
Un coup d’œil sur le matériel utilisé ?
Une
DVcam Sony DSR 570 et un kit pro mini 35 avec
des objectifs série Zeiss.
Pour le son, un Cantar et un enregistreur
numérique disque dur Aaton Center.
On a eu la chance (ce n'était pas prévu à la
base) d'avoir un steadycamer super motivé
(Guillaume Quoilin) sur le tournage et amené par
Reynald Capurro mon chef op qui, soit dit en
passant, m'a fait un super boulot sur la
lumière, j'en suis vraiment super content. Le
défi était chaud au départ, car ma référence
lumière pour "Chat noir" était "P.T.U" de
Johnnie To avec ses longues douches de lumière
qui isolent les personnages tout en les
plongeant dans une ambiance particulière.
On a monté le film sur Avid.
MONTAGE
Penses-tu qu'un film se construit au montage ?
Oui,
comme tout le monde. J'ai fait un premier
montage avec mon monteur qui a duré un peu plus
de 2 mois à raison de 9 heures par jour.
Nous n'arrivions pas à régler notamment certains
problèmes de rythme, dont j'ai pu parlé
précédemment. Avec le temps passé sur cette
première phase de montage, il nous manquait de
plus en plus de recul sur le film, et nous avons
finalement accouché d'une version que je pensais
être définitive au départ. Mais inconsciemment,
je reprochais au film son problème de rythme et
de cohérence sur certaines séquences. Ne
trouvant pas de solutions, j'ai décidé de
décrocher du film durant quelques temps, et j'ai
effectué une formation de monteur sur Final Cut.
Puis je suis revenu sur le film 2 mois après,
avec un 3ème monteur. Et là tout s'est
rapidement dénoué, car j'avais à nouveau du
recul sur le film et les solutions me sont
apparues très rapidement.
Par exemple, dans le scénario, la séquence de
flashback sur le personnage principal se faisait
au milieu du film, lors de l'agression dans
l'impasse. Mais la 1ème séquence de suicide ne
fonctionnait plus, car à ce moment là, je la
voulais dramatique. Mais comme les gens
connaissaient déjà le personnage principal, il
ne pouvaient que se marrer en voyant Bernard se
mettre un gun dans la bouche, car ils savaient
pertinemment qu'il allait se rater. Et toute
l'émotion que je voulais faire passer dans ce
plan ne fonctionnait plus. J'ai donc eu l'idée
de démarrer le film par cette séquence, qui a en
plus le mérite de poser d'emblée la question
dramatique du personnage et son objectif. La
suite de l'histoire devenait plus claire, on
savait d'entrée qui il était, et ce qu'il
cherchait. Et surtout, cette séquence
fonctionnait beaucoup mieux dans cet ordre.
As-tu
été déçu par certains plans que tu croyais
corrects lors du tournage ?
Oui,
par exemple, la séquence où Bernard pète les
plombs dans le café en dansant "Si t'es fier
d'être parisien, tape dans tes mains". Sur le
papier elle était mortelle et faisait se marrer
tout le monde. A l'écran, je trouve que ça
fonctionne pas. C'est entièrement de ma faute,
je pense que mon découpage n'est pas bon sur
cette séquence.
AU FINAL
Quelle sont les étapes que
tu as aimées le plus dans cette aventure ?
Pourquoi ?
Le tournage, car même si
j'étais à la rue la 1ème journée de tournage,
j'ai eu l'assurance que je crèverais de ne pas
pouvoir en faire mon métier. Et puis j'ai
découvert le bonheur de ce que peuvent apporter
les acteurs à des personnages et des dialogues.
C'était super émouvant par moment, mes acteurs
m'ont énormément donné, et je leur en suis gré.
Le montage aussi, c'est une étape qui me tient
particulièrement à coeur.
Si tu pouvais revenir en arrière, que
modifierais-tu sur ton film ?
Cette
p... de nuit de tournage, qui en nécessitait 2,
mais j'avais plus de fric... ! Et un tournage en
péloche pour gommer cet aspect vidéo qui pète
trop, mais là encore, problème de sous.
Penses-tu avoir atteint ton but sur ce film ?
Le
film a pleins de défauts (je ne vois qu'eux
d'ailleurs sincèrement, pas encore de recul
objectif dessus), mais je le revendique
entièrement, au résultat, c'est le film que
j'avais en tête en le réécrivant.
As-tu des projets en cours actuellement ?
Peux-tu en parler ?
Mon
2nd court "Medium Inferno" a trouvé un
producteur, on attend des réponses d'aides aux
régions ainsi que la réponse d'un acteur connu
pour un des 2 rôles principaux. Je vais
reprendre également mon acteur principal, Jamal
Ziane, pour l'autre rôle. Il s'agit d'un récit
fantastique se passant durant la 1ème Guerre
Mondiale, et basé sur une réalité historique. On
est purement dans le film de genre, ce que je
veux réellement faire par la suite, et dans un
récit à chute s'inscrivant dans la plus pure
tradition de séries comme "La 4ème Dimension" de
Rod Serling.
Je travaille en parallèle sur l'écriture d'un
projet de 1er long métrage pour une autre boite
de production, mais tout cela n'est pour
l'instant que de l'ordre de l'hypothétique. 2
autres projets également de long métrage qui me
tiennent particulièrement à coeur, dont une
adaptation d'un comics des années 70, mais bon,
on n'en est pas encore là !!! Il faut déjà que
je convainque des Prod sur mon 2nd court.