Fabrice Genin [Interview]
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  [Interview du 23 Janvier 2008]
             
   
             
   
             
 
 

PRESENTATION

 
     
 
Originaire de Paris, j'habite actuellement dans le 77 (Vers Marne-La-Vallée), j'ai 39 ans.
 
 
 
 

ORIGINE DU FILM

 
     
 
D'où t'est venue l'idée de te lancer dans la production de ce film ?
 
 
Je devais démarrer mon 1er court métrage par un autre scénario "Medium Inferno", qui finalement deviendra mon prochain film puisque je viens de trouver un producteur. A l'origine, "Medium Inferno" avait trouvé preneur dans une autre boite de production, qui a mis plus d'un an pour essayer de monter le projet, mais sans vraiment s'en donner les moyens, et sans réelles convictions. Dégoûté d'avoir à attendre, et surtout de constater la médiocrité de cette Prod, j'ai décidé de prendre les choses en main et d'auto-produire mon 1er court métrage. "Medium Inferno" étant un gros budget, il me fallait démarrer par quelque chose de plus sobre. Un pote est venu alors avec le script de "Chat noir" que j'ai décidé de réaliser après avoir rebossé avec lui sur la structure du scénario et les dialogues.
 
     
 
Quelques anecdotes à nous raconter à propos de l'écriture ?
 
 
Pas vraiment d'anecdotes, la réécriture a duré à peu près 6 mois et s'est plutôt pas trop mal passée. C'est une phase très importante pour moi, je trouve qu'aujourd'hui trop de scénarios de court métrage (et pas seulement !) ne sont pas suffisamment travaillés avant d'envisager le tournage. C'est ce qui fait aussi qu'en partie, ce milieu souffre énormément de désaffection de la part du public. "Chat noir" n'est pas exempt de défauts, loin s'en faut, mais j'ai essayé d'être le plus intransigeant possible sur l'écriture car c'est la base de tout film.
 
     
 
Ton but artistique dans ce court ?
 
 
Ma grande terreur était de tomber dans les travers du court métrage que je dénonce régulièrement : faire quelque chose de chiant et mou. Attention, je ne me pose pas en grand Ayatollah du court métrage et encore une fois mon film est bourré de défauts, j'en suis bien conscient. Mais mon obsession a été de faire un film rythmé et distrayant. J'espère que par moment j'y suis arrivé.
 
 
 
 
PREPARATION DE TOURNAGE
 
     
 
Quelle a été la première étape une fois l'écriture terminée ?
 
 
Le découpage du film, qui a été entièrement storyboardé. Je suis un angoissé chronique, j'ai donc besoin de me blinder à l'avance, d'autant plus qu'il s'agissait de mon 1er court métrage. Chaque axe choisi doit être au service de l'histoire et justifié par l'histoire uniquement. Je déteste les effets de caméra gratuits, la caméra doit raconter une histoire, celle des personnages.
 
     
 
As-tu prévu un budget pour réaliser ton film ? Si oui de combien était-il ?
 
 
10.000 euros au départ pour arriver finalement à 13.000. Le budget est assez élevé pour une auto-prod (et je mange des pâtes depuis un bon moment maintenant !), mais je voulais un vrai travail sur la lumière, car je trouvais que l'histoire le justifiait. Et dans ces cas là, les économies de bout de ficelle se révèlent rarement payantes. L'objectif sur un court métrage, c'est aussi de chercher à se faire remarquer, alors autant tout jeter dans la bataille dés le départ !
 
     
 
Combien de temps a été nécessaire à la préparation en vue du tournage ?
 
 
On a mis, avec mon assistant réal Cyrille Solovieff, à peu près 4 mois à réunir toute l'équipe technique, trouver les lieux de tournages et les acteurs.
 
     
 
As-tu écrit pour des gens que tu connaissais ou as-tu fait un casting ?
 
 
Non, je ne connaissais aucun des acteurs au départ, j'avais simplement comme modèle pour le personnage principal, Albert Dupontel.
 
     
 
As-tu travaillé certaines scènes avec les acteurs avant le tournage. Si oui, lesquelles ?
 
 
Encore une fois, angoissé comme je suis, il me fallait répéter toutes les séquences avec les acteurs avant le tournage, car je me suis rendu compte que ce qui pouvait fonctionner sur le papier, ne fonctionnait pas forcément à l'écran. On a donc répété de nombreuses fois, 2 mois avant de tourner. C'est ce qui m'a sauvé notamment lors de la dernière nuit où on a enquillé un plan de tournage de la mort puisqu'il correspondait, en une nuit (on a démarré les 1ers plans à 19h00 le soir pour finir le lendemain matin à 6h30 entre les éboueurs et le soleil qui se levait !), à ce qu’on avait tourné sur 3 jours auparavant ! Bien sûr on a pas pu tourner tout ce qu'il fallait, et cela se ressent dans les séquences de nuit dans l'impasse.
 
     
 
Les acteurs ont-ils gardé le rôle que tu avais prévu pour eux depuis le départ ? Sinon, lesquels as-tu modifiés ?
 
 
Oui, notamment pour le rôle principal, cela faisait un moment que je galérais pour le trouver, car il me fallait absolument un acteur qui puisse jouer sur les 2 registres : comédie et drame, ce qui était loin d'être évident. Jusqu'au jour où j'ai repéré Jamal dans une soirée de court-métrage, un de ses films était projeté. Ça m'a pété à la tronche, et pendant toute la projection de son film, je n'arrêtais pas de me dire que j'avais trouvé mon acteur principal. Les répètes me l'ont confirmé.
Pour Philippe qui joue le rôle du clochard, j'avoue que sur le moment je n'étais pas convaincu, on a fait 4 essais ensemble avant que je lui donne ma réponse, et au résultat, il est mortel
.
 
     
 
As-tu écrit librement ou en fonction des lieux et des décors disponibles ? As-tu eu recours à des autorisations de tournage ? Relate-nous un peu les contraintes s’il y’en a eu ?
 
 
- Il m'a fallu réadapter une séquence en fonction du lieu de tournage pour l'impasse. Cela faisait 3 mois que je le cherchais désespérément. Quelque chose de glauque et d'intemporel, et en même temps qui nous permette de tourner tranquillement. Un soir, je sors dîner avec ma copine et en face du restaurant, à quelques mètres, je trouve le décor parfait pour mon film ! Un vraie claque. Cela faisait 3 mois que je cherchais un décor partout dans Paris et région parisienne, pour finalement me rendre compte qu'il se trouvait dans un endroit que je fréquentais régulièrement !
- Autorisations de tournage pour tous les extérieurs bien sûr, mais finalement tout s'est bien passé. Les séquences tournées dans l'impasse réclamaient que mes acteurs gueulent leur texte. Aucune plainte du voisinage, alors que j'appréhendais cela avec angoisse, les gens ont été adorables, alors qu'on a du leur pourrir toute leur nuit de sommeil !
 
 
 
 
TOURNAGE
 
     
 
Le tournage s'est il déroulé comme tu le souhaitais, si non, quels problèmes as tu rencontrés ?
 
 
Oui, si ce n'est que les acteurs m'ont amené pas mal de choses auxquelles je n'avais pas forcément pensé, et ça, c'est véritablement une source de joie. Un vrai bonheur de voir vivre un texte et ses personnages sur lesquels on a ramé durant des mois à l'écriture, pour au final voir les acteurs s'approprier ses personnages et ses dialogues et amener d'autres choses, des émotions, des rires, des larmes...
 
     
 
Quelle est ta méthode de travail ? Qui fait quoi ?
 
 
Je pars du principe selon lequel l'une des clefs de la réussite, c'est de savoir bien s'entourer. Pour mon 1er court, pas question de laisser transparaître mon inexpérience, donc je me devais de réunir autour de moi une équipe de pro. Toute mon équipe (qui me suivra sur le prochain) vient du milieu de la pub, du clip ou du long métrage, c'était pour moi le garant d'une certaine qualité dés le départ. J'avais donc autour de moi toute une équipe de fondus, entièrement au service du film et dans la même énergie que moi. Un film, c'est avant tout un travail d'équipe et certainement pas que celui du réalisateur. Si vous n'avez pas votre équipe derrière vous, soudée sur le même projet, vous n'êtes rien. Donc tout ce travail doit se faire dans le respect de chacun, et de tous les postes techniques. J'ai trop vu de soi-disant réalisateurs, petits dictateurs ou faux artistes tourmentés qui n'avaient strictement rien à faire sur un plateau de tournage, en dehors de régler certains problèmes d'égo ou de pieu. Cela m'a aussi pas mal éclairé sur ma façon de bosser, donc respect et bonne humeur dans la mesure du possible, c'est ce que j'ai essayé d'amener sur le tournage. A partir de là, comme tous les chefs de postes avaient été soigneusement choisis aussi en fonction de cette règle de vie, il n'y a pas eu de clash même si par moment, certaines tensions étaient présentes (dues également à la deadline du tournage qui était très courte au vue du nombre de plans à tourner).
 
     
 
Combien de temps s'est-il écoulé entre le premier et le dernier clap ?
 
 
5 jours de tournage dont le dernier, qui en fait a été une nuit complète de tournage.
 
     
 
As-tu pu filmer tout ce que tu avais écrit ou y a-t-il eu des scènes coupées ? Si oui, peux-tu nous en parler ?
 
 
Non, c'est là aussi que mon inexpérience a parlé, on n'a pas pu tout tourner tous les plans, essentiellement sur la fameuse nuit de tournage dont j'ai déjà parlé. Trop de plan à tourner, et dans le rush on a oublié tous les points de vue de l'agresseur. Ce qui explique qu'au montage, il n'apparaît jamais seul dans un champ/contre-champ.  Je me suis arraché les cheveux avec mon monteur pour cette fameuse séquence de l'impasse, car le rythme s'en trouvait perturbé, il y a d'ailleurs encore 4 faux raccords dans le film qui pètent à la tronche, mais franchement, on n'a pas pu faire mieux au vue des plans qui nous manquaient.
 
     
 
Quelques anecdotes à nous raconter à propos du tournage ?
 
 
On a été bénis des Dieux au niveau du temps. Il n'a pas arrêté de pleuvoir un mois avant le tournage, et durant les 2 premiers jours où l'on a tourné tous les intérieurs. Le 3è jour, on doit tourner en extérieur la séquence du Paradis qui clôt le film. Et le Paradis sous la flotte, ben je sais pas pour vous, mais moi j'y crois pas trop ! Énorme coup de chance, le matin gros soleil et plus de pluie. Et cela s'est renouvelé pour la fameuse nuit de tournage. Le tournage s'est arrêté le lendemain matin, et une heure plus tard il s'est remis à flotter pendant 15 jours ! Et c'est véridique, je ne dis pas cela pour enjoliver l'anecdote, je n'y croyais pas.
 
     
 
Un coup d’œil sur le matériel utilisé ?
 
 
Une DVcam Sony DSR 570 et un kit pro mini 35 avec des objectifs série Zeiss.

Pour le son, un Cantar et un enregistreur numérique disque dur Aaton Center.

On a eu la chance (ce n'était pas prévu à la base) d'avoir un steadycamer super motivé (Guillaume Quoilin) sur le tournage et amené par Reynald Capurro mon chef op qui, soit dit en passant, m'a fait un super boulot sur la lumière, j'en suis vraiment super content. Le défi était chaud au départ, car ma référence lumière pour "Chat noir" était "P.T.U" de Johnnie To avec ses longues douches de lumière qui isolent les personnages tout en les plongeant dans une ambiance particulière.

On a monté le film sur Avid
.
 
 
 
 
MONTAGE
 
     
 
Penses-tu qu'un film se construit au montage ?
 
 
Oui, comme tout le monde. J'ai fait un premier montage avec mon monteur qui a duré un peu plus de 2 mois à raison de 9 heures par jour.

Nous n'arrivions pas à régler notamment certains problèmes de rythme, dont j'ai pu parlé précédemment. Avec le temps passé sur cette première phase de montage, il nous manquait de plus en plus de recul sur le film, et nous avons finalement accouché d'une version que je pensais être définitive au départ. Mais inconsciemment, je reprochais au film son problème de rythme et de cohérence sur certaines séquences. Ne trouvant pas de solutions, j'ai décidé de décrocher du film durant quelques temps, et j'ai effectué une formation de monteur sur Final Cut. Puis je suis revenu sur le film 2 mois après, avec un 3ème monteur. Et là tout s'est rapidement dénoué, car j'avais à nouveau du recul sur le film et les solutions me sont apparues très rapidement.

Par exemple, dans le scénario, la séquence de flashback sur le personnage principal se faisait au milieu du film, lors de l'agression dans l'impasse. Mais la 1ème séquence de suicide ne fonctionnait plus, car à ce moment là, je la voulais dramatique. Mais comme les gens connaissaient déjà le personnage principal, il ne pouvaient que se marrer en voyant Bernard se mettre un gun dans la bouche, car ils savaient pertinemment qu'il allait se rater. Et toute l'émotion que je voulais faire passer dans ce plan ne fonctionnait plus. J'ai donc eu l'idée de démarrer le film par cette séquence, qui a en plus le mérite de poser d'emblée la question dramatique du personnage et son objectif. La suite de l'histoire devenait plus claire, on savait d'entrée qui il était, et ce qu'il cherchait. Et surtout, cette séquence fonctionnait beaucoup mieux dans cet ordre
.
 
     
 
As-tu été déçu par certains plans que tu croyais corrects lors du tournage ?
 
 
Oui, par exemple, la séquence où Bernard pète les plombs dans le café en dansant "Si t'es fier d'être parisien, tape dans tes mains". Sur le papier elle était mortelle et faisait se marrer tout le monde. A l'écran, je trouve que ça fonctionne pas. C'est entièrement de ma faute, je pense que mon découpage n'est pas bon sur cette séquence.
 
 
 
 
AU FINAL
 
     
 
Quelle sont les étapes que tu as aimées le plus dans cette aventure ? Pourquoi ?
 
 
Le tournage, car même si j'étais à la rue la 1ème journée de tournage, j'ai eu l'assurance que je crèverais de ne pas pouvoir en faire mon métier. Et puis j'ai découvert le bonheur de ce que peuvent apporter les acteurs à des personnages et des dialogues. C'était super émouvant par moment, mes acteurs m'ont énormément donné, et je leur en suis gré.
Le montage aussi, c'est une étape qui me tient particulièrement à coeur.
 
     
 
Si tu pouvais revenir en arrière, que modifierais-tu sur ton film ?
 
 
Cette p... de nuit de tournage, qui en nécessitait 2, mais j'avais plus de fric... ! Et un tournage en péloche pour gommer cet aspect vidéo qui pète trop, mais là encore, problème de sous.
 
     
 
Penses-tu avoir atteint ton but sur ce film ?
 
 
Le film a pleins de défauts (je ne vois qu'eux d'ailleurs sincèrement, pas encore de recul objectif dessus), mais je le revendique entièrement, au résultat, c'est le film que j'avais en tête en le réécrivant.
 
     
 
As-tu des projets en cours actuellement ? Peux-tu en parler ?
 
 
Mon 2nd court "Medium Inferno" a trouvé un producteur, on attend des réponses d'aides aux régions ainsi que la réponse d'un acteur connu pour un des 2 rôles principaux. Je vais reprendre également mon acteur principal, Jamal Ziane, pour l'autre rôle. Il s'agit d'un récit fantastique se passant durant la 1ème Guerre Mondiale, et basé sur une réalité historique. On est purement dans le film de genre, ce que je veux réellement faire par la suite, et dans un récit à chute s'inscrivant dans la plus pure tradition de séries comme "La 4ème Dimension" de Rod Serling.

Je travaille en parallèle sur l'écriture d'un projet de 1er long métrage pour une autre boite de production, mais tout cela n'est pour l'instant que de l'ordre de l'hypothétique. 2 autres projets également de long métrage qui me tiennent particulièrement à coeur, dont une adaptation d'un comics des années 70, mais bon, on n'en est pas encore là !!! Il faut déjà que je convainque des Prod sur mon 2nd court
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